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Proteroctopus ribeti : un fossile célèbre et sa classification

Proteroctopus ribeti est un fossile très bien préservé de céphalopode datant du Jurassique moyen, il y a 165 millions d’années.
Ce fossile a été découvert sur le site de la Boissine en Ardèche, site classé comme Lagerstätte pour la préservation exceptionnelle de ces fossiles et notamment des tissus mous.
Ce site a préservé une faune marine profonde avec une profondeur estimé à  plus de 300 mètres.
Cet article s’intéresse à sa description ainsi qu’à sa classification. 

 Petite vidéo sur la découverte de Proteroctopus ribeti

Vidéo publié le 23 juin 2025 sur la chaîne youtube : Paléodécouvertes-Museum de l’Ardèche 

 

 Première classification comme un octopode ou pieuvre après sa découverte 

 

La pieuvre commune ou poulpe commun octopus vulgaris est un mollusque de la classe des céphalopodes tous comme les calamars et les nautiles.
Au sein des céphalopodes, les pieuvres sont des octopodes, celà signifie qu’elles ont notamment 8 tentacules : octo=8, et pode=pied, cependant ce caractère n’est pas suffisant pour définir ce groupe. 

 

Proteroctopus ribeti, a d’abord été décrit comme appartenant au groupe des Octopoda ou octopodes à la suite de l’analyse de sa morphologie externe, ce qui en faisait le plus ancien représentant de la branche à laquelle appartiennent les pieuvres.
Cette classification a été questionnée du fait du manque d’information sur l’anatomie interne du fossile, en particulier sur la potentielle présence d’un gladius (vestige de coquille interne).
Ce manque d’informations a pu être comblé à l’aide de l
’utilisation de nouvelles techniques d’observation des fossiles tels la microtomographie à rayons X synchrotron à contraste de phase de propagation (PPC-SR-μCT) pour explorer son anatomie interne.

Classification simplifiée des céphalopodes.
Tiré de : « Décloisonner les Céphalopodes : l’évidence d’une approche comparative et intégrative ».
Isabelle Rouget, 2016.
Les coléides forme un groupe de céphalopodes regroupant les bélemnonoidae (disparus) ainsi que les vampyropodes et decabrachia.
Où se situe P. ribeti dans cette classification ? 

 Une classification plus précise depuis son étude à l’aide d’instruments de précisions : 

Etude tomographique de Proteroctopus ribeti.
Coupe obtenue en tomographie aux rayons X et reconstruction 3D.
tomographie : technique permettant de reconstruire le volume d’un objet à partir d’une série de mesures effectuées depuis l’extérieur de cet objet. 

Etude tomographique de Proteroctopus ribeti : gladius et tentacules
(Tiré de : « Décloisonner les Céphalopodes : l’évidence d’une approche comparative et intégrative ».Isabelle Rouget, 2016.)

A : Schéma du fossile de P. ribeti, aplati avec ses parties molles conservées.
B : Coupe longitudinale obtenue en tomographie synchrotron (μPPC) et
reconstruction 3D du corps montrant la position du gladius (en jaune).
C : Reconstruction 3D de portion de bras
montrant la présence de deux rangées de ventouses par bras et de cirres alternant entre les ventouses.
D : Dessin d’un gladius type de Teudopseidae (Vampyropoda exclusivement fossile) d’après Fuchs 2008.
E : Reconstitution 3D du gladius de Proteroctopus.

À partir de ces données, la chercheuse Isabelle Kruta et al. ont pu préciser en 2016, dans une publication, la classification de Proteroctopus ribeti au sein des coléoïdes.
Il est notamment indiqué que : « Chez le spécimen de Proteroctopus ribeti, une association de caractères unique se trouve avec deux nageoires, la tête soudée au corps, huit bras bien développés avec des cirres et deux rangées de ventouses obliques, un glaive et l’absence d’un sac d’encre. L’analyse phylogénétique (arbre de parenté) indique que Proteroctopus est un membre basal des Vampyropodes, un groupe qui inclut des espèces comme le calmar vampire et les pieuvres modernes. »
Une autre découverte marquante a été la présence de deux rangées de ventouses sur ses bras. Jusqu’alors, les scientifiques pensaient que ce trait était apparu plus tard dans l’évolution des céphalopodes. Le fossile a donc réfuté cette hypothèse et démontré que les ventouses étaient déjà présentes bien plus tôt dans l’histoire des céphalopodes.

Position de Proteroctopus ribeti après analyse phylogénétique (de parenté), d’après Kruta I., Rouget I. et al. Soumis

Les Vampyropodes est un ensemble regroupant les Vampyromorpha ainsi que les octopoda.
défini par quatre paires de bras.
Le clade Vampyropoda minus Proteroctopus ribeti est soutenu par deux carcatères définissant le nombre de rangées de ventouses sur les parties proximale et médiale des bras.

On peut donc en déduire que Proteroctopus ribeti est le plus ancien Vampyropodes connus à ce jour.
Or le groupe des Vampyropodes regroupe les Vampyromorpha et les octopoda dont les pieuvres.
On peut donc dire de manière familière que ce fossile peut être qualifié de « pieuvre ancestrale ». 

Proteroctopus ribeti est-elle le plus lointain ancêtre connu des pieuvres ?

Pohlsepia mazonensis, autrefois considéré comme le plus vieux fossile de pieuvre au monde (300 millions d’années), s’avère en réalité être un nautile, un céphalopode marin à coquille.

Contexte et découverte initiale

  • En 2003, Kluessendorf & Doyle décrivent Pohlsepia mazonensis comme le plus ancien octopode connu, découvert dans le gisement fossilifère de Mazon Creek (Illinois, États-Unis).
  • Ce fossile était un point clé pour les études sur l’évolution des céphalopodes, repoussant l’origine des pieuvres de 150 millions d’années.
  • Cependant, sa classification comme pieuvre a toujours été controversée, en raison de l’absence de caractéristiques typiques (coquille interne, ventouses, etc.).

Fossile de Pohlsepia mazonensis en photo ci-contre datant du carbonifère et trouvé dans l’Illinois (USA).

 

Nouvelle étude (avril 2026) – publié dans Proceedings of the Royal Society B: Biological Sciences :

  • Une équipe scientifique a utilisé le synchrotron pour analyser la roche fossile et a découvert des dents minuscules (radule) confirmant que Pohlsepia n’est pas une pieuvre, mais un nautiloïde (proche du nautile moderne).
  • La cartographie élémentaire par fluorescence micro-X a révélé des détails morphologiques compatibles avec un nautiloïde, et non avec un octopode.
  • Cette réinterprétation réfute une origine paléozoïque pour les pieuvres et confirme que les pieuvres couronnes sont apparues plus tard, au Mésozoïque.

Implications

  • Pohlsepia mazonensis est désormais reconnu comme le plus ancien fossile de nautiloïde à tissu mou connu.
  • Cette découverte met en lumière les difficultés d’interprétation des fossiles à préservation exceptionnelle, mais ambiguë, comme ceux de Mazon Creek.
  • Le Dr Thomas Clements (Université de Reading) souligne que la décomposition du fossile avant sa fossilisation avait trompé les scientifiques, lui donnant une apparence de pieuvre.

Conclusion

Grâce à des techniques modernes, ce fossile emblématique a enfin révélé sa vraie nature, offrant une meilleure compréhension de l’évolution des céphalopodes et de l’apparition des pieuvres sur Terre.
On peut donc conclure qu’aujourd’hui Proteroctopus ribeti est le plus ancien fossile connu et confirmé de céphalopode directement relié aux pieuvres.

 

Bibliographie :

LOUVET Brice, journaliste scientifique

KLUESSENDORF Joanne et DOYLE Peter,
Pohlsepia Mazonensis, AN Early ‘Octopus’ from the Carboniferous of Illinois USA, novembre 2003, Palaeontology

KRUTA Isabelle et al. Proteroctopus Ribeti in Coleid evolution, Palaeontology, Vol. 59, Part 6, 2016, pp. 767–773]

FISCHER J.-C., RIOU B., « Le plus ancien Octopode connu (Cephalopoda, Dibranchiata) : Proteroctopus ribeti nov. gen., nov. sp., du Callovien de l’Ardèche (France) », Comptes Rendus de l’Académie des Sciencesvol. 295(2),‎ 1982, p. 277–280

ROUGET Isabelle Décloisonner les Céphalopodes : l’évidence d’une approche comparative et intégrative.
Paléontologie. Sorbonne Université, 2016.

Publication : Juillet 2025 (mis à jour en avril 2026)
Auteur(s) : Bernard Riou 
paléontologue et co-fondateur du Muséum de l’Ardèche
Contact : sciencesnature.fr@gmail.com